A la rencontre des GO – Den & Trec

A la rencontre des GO – Den & Trec

Team Hearthstone

Hearthstone est un jeu qui occupe une place particulière chez GamersOrigin. Il s’agit de la première équipe esport jamais recrutée par le club, et c’est grâce à la Web-TV dédiée au CGG de Blizzard que GO a connu une telle croissance à ses débuts.

La présence de GamersOrigin sur la scène esport d’Hearthstone est ininterrompue depuis 2014, et l’année 2018 a été celle du renouveau de la line-up, avec les arrivées de Gallon et de Trec, ainsi que le renfort de Den au poste de coach. A l’occasion de l’Arma Convention, GamersOrigin a échangé avec les deux français de l’effectif pour connaître leur avis sur les évolutions récentes du jeu, comme le mode spécialiste, ainsi que sur leur relation de joueur et d’entraîneur.

GamersOrigin : Qu’est-ce que vous pensez du format spécialiste quelques semaines après sa mise en place ?

Den : J’essaie de garder mon avis pour après la rotation. Quand on a préparé les derniers tournois, on s’est bien rendu compte qu’il y avait trop de Chasseurs. Vraiment trop. Même Trec, qui est un deckbuilder, qui adore créer des choses, en est arrivé à prendre Chasseur.

Trec : Le format est très intéressant. Il va dépendre de la façon dont Blizzard réussira à équilibrer le jeu. Comme tu ne peux amener qu’un seul deck, s’il y en a un qui est vraiment dominant, tout le monde va le prendre. Ce qui est bizarre, c’est qu’ils aient mis un nouveau format alors que la rotation arrive un mois après.

Den : Je pense qu’ils ont voulu caler le début du spécialiste avec le début des open cups, ce qui est une bonne chose. Mais ils auraient dû caler les open cups avec l’arrivée des nouvelles cartes. Ils font une mauvaise publicité au format, il n’y a pas un tchat Twitch qui en dise du bien.

GO : Vous trouvez que c’est plus dur à suivre pour le spectateur ?

Trec : Non mais c’est moins spectaculaire.

Den : Sur le long terme, quand les tournois durent dix heures comme à l’Arma Convention, on se retrouve avec dix heures de Chasseur ! Même les casteurs n’ont plus de positif à dire sur les matches au bout d’un moment. Durant le top 8 le tchat soutenait non pas les joueurs mais les classes : personne n’était pour Dreivo ou Totosh mais tout le monde était pour le Druide et le Mage.

Trec : Blizzard a plein de bonnes idées cette année, mais je ne comprends pas le planning.

Den : Les Worlds vont se faire avec des nouvelles cartes, alors qu’ils sont censés finir l’année. La méta des Worlds sera sans doute très agressive, les joueurs n’auront pas eu le temps de farmer la nouvelle extension en conquest. Ils n’ont pas que ça à faire : il faut se qualifier à Las Vegas.

GO : D’ailleurs, combien de joueurs sont attendus à Vegas ?

Den : Au moins 300 : les 200 qualifiés d’open cups, le top ladder, des joueurs invités…

Trec : Peut-être que les participants des Worlds seront invités d’ailleurs. Mais tous les qualifiés ne pourront sans doute pas y aller, notamment à cause du financement du voyage.

Den : Oui, beaucoup de joueurs espèrent trouver une équipe grâce à leur qualification, pour payer le voyage. Or il n’y a que les 100 premiers qui touchent de l’argent. Et une équipe ne recrute un joueur que pour qu’il soit streamé, s’il se fait éliminer avant ça ne sert à rien. Il faut parier sur le fait qu’il fasse un gros score pendant les rondes.

Trec : Je trouve que le format spécialiste récompense quand même les bons joueurs.

GO : Y a-t-il un lien entre les performances en ladder et celles en spécialiste ?

Trec : Oui, dans les deux cas tu ne te concentres que sur un seul deck. C’est drôle, ils ont enlevé l’importance du ladder et ils ont mis un système qui récompense les bons joueurs de ladder, tout en laissant le ladder en place de manière facultative.

Den : Je trouve les open cups plus intéressantes que le ladder de toute façon. Tout le monde demande depuis des années un ladder en BO3, c’est un peu la même chose finalement.

GO : Ce n’est pas un peu schizophrène d’avoir à ce point descendu le système d’open cups lors des débuts du jeu pour maintenant se réjouir de son retour ?

Den : Ce n’est pas du tout la même chose. Avant, elles donnaient des points, il fallait les farmer en plus du ladder. Maintenant elles donnent une qualification, une fois que tu en as gagné une tu peux t’arrêter. A l’époque tu devais en gagner une tous les mois. Et le problème venait aussi du loser bracket : si tu perdais en ronde 3, tu pouvais jouer pendant 18 heures.

Trec : Mais au moins tu pouvais partir faire un tour ! Maintenant avec les rondes suisses, tu ne sais pas quand ça va recommencer.

GO : Et les récompenses en boosters ?

Den : C’est pour éviter de dire aux gens qui ne se qualifient pas qu’ils ont fait tout ça pour rien et pour inciter les casuals à essayer les tournois.

Trec : La bonne idée, c’était d’intéresser les casu via les paquets. Mais il faut s’inscrire deux semaines à l’avance, le casu ne va pas penser à bloquer sa journée 15 jours avant.

Den : Par contre tu peux mettre tes paquets sur le serveur de ton choix, et ça c’est une très bonne chose.

GO : Vous êtes confiants pour la qualification pour Las Vegas ?

Den : Pour l’instant oui. On a eu beaucoup de choses à faire entre le coaching et la préparation de l’Arma Cup et de l’Arma Convention. Maintenant on va avoir une période entièrement dédiée aux open cups, et là si ça rate, on se remettra en question.

Trec : Le problème vient aussi du planning. Il y a des open cups tous les jours sauf le lundi et le mardi. Quand on part en LAN, on ne peut pas tenter notre chance du vendredi au dimanche, dont il ne reste que le mercredi et le jeudi pour essayer.

Den : Trec et d’autres joueurs vont venir chez moi pour un bootcamp. Si à la fin, aucun membre du groupe ne fait de résultat, on se posera des questions.

Trec : Sur ce qu’on a vu pour l’instant, c’est atteignable. Den a déjà fait une finale, et on a tous fait un top 4.

Den : Purple et Gallon ont commencé tard, à cause des WESG. GO va s’y mettre et on est confiant.

GO : Comment avez-vous rythmé le début de votre saison compétitive ?

Trec : En début de saison on a eu plusieurs événements, comme la Battleriff League, que je trouve très bien, mais on ne sait pas comment elle va coexister avec le système de Blizzard.

Den : Battleriff est dépendant du fait que les gens qui sont dans la ligue sont qualifiés pour Las Vegas ou non.

GO : Comment jugez-vous le passage du système HCT au système Hearthstone Master ?

Trec : C’est compliqué à dire pour le moment, c’est encore un peu flou. Avant quand on allait aux préliminaires, on avait au moins 1 000$. Là, il faut faire trois gros voyages par an sans aucune assurance : seulement un joueur sur trois repart avec de l’argent, et ce n’est que 200$ au minimum. Après ça pourra augmenter avec la boutique du jeu. Mais on ne sait pas s’ils vont augmenter le prize pool du premier tiers ou si ça va descendre et bénéficier à tout le monde.

GO : Qu’est-ce que vous pensez de la prochaine extension pour l’instant ?

Trec : J’aime bien le concept des Laquais 1/1. Ils doivent en ajouter tout au long de l’année, ce qui peut-être intéressant. Normalement toutes les extensions de l’année seront liées entre elles au niveau de l’histoire et des mécaniques.

Den : Les laquais ont l’air extrêmement prometteurs et puissants.


GO : Comment progresse-t-on quand on est un joueur casu et quand on est un professionnel ?

Trec : Le casu a besoin de comprendre la vision compétitive du jeu, en regardant des streams et en trouvant des partenaires d’entraînement.

Den : Si on commence le jeu, il faut emmagasiner de l’expérience, par tous les moyens possibles : en jouant en parties classées, en arène, en regardant des matches etc. Le coach sert surtout à passer de casu à semi-pro. En ce moment je coache beaucoup de personnes qui veulent s’essayer aux open cups par exemple.

Trec : C’est important d’avoir des avis extérieurs. Quand tu es tout seul, tu ne te remets jamais en question, tu restes avec le même système en permanence.

Den : Trec et moi nous connaissons depuis l’époque de Mantic0re, et on a davantage une relation de coéquipiers que de coach et joueur. Notre but est de maximiser les performances du groupe, et puisque Trec en fait partie, si le groupe performe Trec va performer. Le groupe est constitué des anciens Mantic0re : Osyris, nous deux, Gaboumme et Kalas, de Normand Esport.

Trec : À l’époque de Mantic0re le groupe avait de très bons résultats, on allait presque tous à chaque préliminaire.

Den : On ne faisait que ça : le but premier était de prouver qu’on pouvait faire quelque chose au niveau européen. Et maintenant Trec et Kalas n’imaginent pas ne pas aller aux playoffs. Avant c’était une réussite d’y aller, maintenant c’est un échec de ne pas se qualifier.

Pour ce qui est dans la préparation d’un tournoi, je veux que Trec prenne ce qui l’intéresse et qu’il l’applique à sa façon de penser. Personne ne peut vraiment l’aider sur Démoniste quête par exemple : il a créé le deck, personne ne le connaît mieux que lui. J’ai regardé toute la collection du jeu pour lui suggérer des cartes auxquelles il n’aurait pas pensé. Trec voulait quelque chose de défensif, avec le bouclier divin et je savais qu’il adorait le Basilic peau de pierre.

Trec : Très bonne carte d’arène.

Den : Le deck Démoniste joue la value, le long terme, des mécaniques d’arène en somme. Je lui ai parlé du Basilic pour qu’il se le réapproprie, qu’il l’intègre dans sa réflexion. On essaie de comprendre comment l’autre réfléchit, on l’adapte et on lui renvoie. Le résultat final est toujours celui de Trec.

Trec : J’adore voir les gens jouer mon deck, je trouve ça hyper intéressant. Ils ne le jouent pas toujours de la façon dont je l’avais prévu. Je regarde toutes les vidéos de streamers qui l’essaient.

GO : Quelle est votre relation avec Purple et Gallon ?

Den : Je suis le responsable du projet Hearthstone, donc aussi de leurs résultats même si je n’aide Purple qu’à la marge : il a son propre groupe d’entraînement avec Zalae etc.

Trec : C’est comme ça dans chaque équipe, chacun a un groupe de prac qui n’est pas forcément celui de ses coéquipiers.

Den : Purple s’entraîne aussi avec Gallon, et il me contacte pour tester des match-up, pour faire des statistiques etc. Je suis plus dans un rôle d’analyste. Pour les tournois en équipe, la line-up GO c’est Gallon Trec et moi. D’ailleurs Trec et Gallon voient le jeu de façon totalement opposée.

GO : Ce n’est pas celui qui tient la souris qui décide du play final ?

Den : Cette règle fonctionne uniquement si chacun joue son propre deck, sinon ça n’a pas beaucoup de sens.

Trec : On essaie quand même de respecter la règle. Par exemple quand on a joué Paladin Midrange je préférais que ça soit Gallon qui le joue.

Den : Mais si Gallon joue un deck entièrement construit par Trec par exemple, c‘est plus compliqué : il y a le stress de la partie, la corde… En général le joueur actif propose un play, les autres donnent leur avis, et il y a déjà 20 secondes qui sont passées. Chacun propose quelque chose, encore 20 secondes, il y a la corde et il faut encore faire l’action derrière.

GO a un avantage : on a trois joueurs qui sont excellents pour des raisons différentes : le deckbuilding de Trec, la mémoire de Gallon, la capacité de Purple à gagner des matches sans qu’on sache encore comment. Mon rôle de coach est tourné vers l’organisation de l’équipe. Je ne m’inquiète pas pour leur niveau individuel. C’est plus intéressant de les pousser à fond pour quelques jours que de les faire progresser à la marge.

GO : Est-ce que vous sentez une pression du résultat ?

Den : Quand Trec fait un mauvais résultat, je le prends pour moi. Je me dis qu’il avait un mauvais plan de jeu et que je ne l’avais pas vu par exemple. Et quand il fait des bonnes performances, je suis super content.

Trec : Ça dépend des tournois. Avoir fait un mauvais tournoi à l’Arma Convention m’embête, c’est un format qui récompense les très bons joueurs selon moi. Ce qui me met vraiment la pression, c’est le système d’open cups. Si je ne suis pas qualifié, je le prendrais très mal personnellement et je me sentirais mal vis-à-vis de GamersOrigin.

Den : L’un comme l’autre, on ne joue pas pour perdre même si on sait que la défaite fait partie du métier et qu’on ne peut pas toujours gagner.

Trec : Quand tu joues à un jeu de cartes, tu dois apprendre à perdre. Au début j’étais un très mauvais perdant, mais tu ne peux pas toujours pas gagner, ce sont des jeux ingrats. Il ne faut pas regarder les résultats sur un seul tournoi mais sur l’année. Si les mêmes sont toujours là, comme Justsaiyan ou Hunterace, ce n’est pas par hasard.

Den : Je trouve qu’il y a beaucoup plus de bienveillance sur la scène Hearthstone depuis quelques temps. On a arrêté de comparer les gens pour déterminer le meilleur et rabaisser les autres, on raisonne davantage par classe de joueurs : l’élite, les bons etc.

Trec : Les classements ne veulent pas dire grand chose, tout dépend des statistiques qui sont prises en compte.

GO : Pourquoi la France compte-elle autant de talents sur Hearthstone ?

Trec : Les différentes web-TV ont beaucoup motivé les gens.

Den : Et il y a aussi simplement beaucoup de joueurs français. Dans toutes les open cups il y en a quelques-uns. Et le niveau est très élevé : Solary, Vitality, GamersOrigin… C’est exceptionnel de pouvoir faire quatre, cinq ou six tournois nationaux dans l’année. Dans d’autres pays ils n’en ont qu’un.

Trec : Dans les autres pays européens, il y a un fossé qui sépare l’élite des joueurs moyens alors qu’en France ce n’est pas le cas. La scène française est très développée, avec beaucoup de petits tournois.

Den : Ce n’est pas si dur d’intégrer une structure en France si tu fais une performance et que tu as une bonne communication.

Trec : Il y a beaucoup de joueurs qui, une fois qu’ils ont perfé et rejoint une équipe, se relâchent.

Den : Pour eux c’est la fin de la route : ils ont leurs tournois payés et c’est tout ce qu’ils demandent.

Trec : Quand je suis rentré chez Mantic0re, c’était parce qu’il y avait Den comme coach et qu’il y avait un suivi et une motivation pour tryhard.

Den : Dans les plus grosses structures il n’y a pas d’objectif fini. C’est : qualifie-toi à Las Vegas, puis gagne Las Vegas, puis le prochain major etc. Le circuit ne s’arrête jamais.

Quand il arrive en LAN, Trec est attendu : quand il perd, c’est presque tout le temps une contre-performance. Il n’y a que trois joueurs de la scène française qui ont gagné un major : lui, Odemian et Maverick. Tu sens un respect pour le maillot de GamersOrigin : les adversaires savent qu’on vient clairement pour gagner.

GO : Avez-vous essayé Magic the Gathering Arena ?

Den : Oui !

Trec : J’y ai joué un peu. A chaque fois que je reviens sur Magic je me rappelle pourquoi je n’aime pas ça : le système de terrains.

GO : Est-ce possible d’être compétitif sur Hearthstone et MTGA en même temps ?

Den : Je pense que oui, et j’essaie de me qualifier au Mythic Championship. J’ai fait top 1 000 sur Magic pendant les deux premières pré-saisons tout en faisant top 200 sur Hearthstone.

GO : Et que pensez-vous du système de qualification nationale pour les WCG ?

Trec : Pour les Français c’est embêtant parce qu’il y a beaucoup de bons joueurs. Il y a des pays où les stars sont plus certaines de se qualifier par exemple. C’est toujours sympa de faire de la hype par pays en tout cas.

Den : Par exemple AlivZ, qui représentait la France au WESG, avait tout le monde derrière lui, ça fédère le public.